Vie




Qui était en réalité Oscar Wilde ? Un homme intelligent et brillant à l’esprit particulièrement vif, qui avait été habitué par sa mère dès son adolescence à discourir à l’envi et à manipuler les idées dans tous les sens en utilisant toutes les ressources de son charme (Dieu sait s’il en avait, Robert Ross et Alfred Douglas en surent quelque chose) ; d’où son goût bien connu et apprécié du paradoxe critique. Il vivait dans un univers particulier, celui d’un milieu intellectuel aisé et revendicatif, et n’avait une conscience que très parcellaire du monde qui l’entourait, tout en étant très sensible aux autres. Lorsque les circonstances le mettaient en face d’une manifestation extérieure à sa société, il savait en saisir les aspects et les commenter avec son approche critique paradoxale.


Profondément épris de liberté, il avait cependant une conscience morale développée et pressentait que la voie où il s’était engagé dans sa vie personnelle atteindrait un jour son terme et il ne fit rien pour en éviter l’échéance. Aussi accepta-t-il comme une fatalité d’avoir, vers l’âge de 40 ans, à payer ses errements ; c’est à ce moment-là seulement qu’il entra en contact avec un monde qu’il ne connaissait pas mais qu’il sut découvrir et comprendre avec la disponibilité d’esprit qui était la sienne et l’amour humain qu’il avait toujours eu. Cependant la plus grande part de ce qu’il avait écrit et où il avait développé sa pensée et ses paradoxes était déjà réalisée.


Alors prétendre qu’il aurait eu la vision prophétique que lui prête volontiers l’auteur de Oscar a toujours raison pour étayer son désir critique vis-à-vis du monde présent paraît un grand pas largement franchi qui ne rend pas compte de ce qu’était Oscar Wilde et du sens de son oeuvre. Car, s’il y décèle des raisons d’exhaler son ire, c’est peut-être simplement que la nature humaine ne change pas ; seules le font les circonstances où elle s’exprime.


La deuxième partie du livre (les derniers chapitres) change de ton et le flot acrimonial se tarit sensiblement. Car l’auteur se lance alors, avec plus de bonheur d’ailleurs, dans une autre forme d’exposé et nous parle vraiment d’Oscar Wilde, et ce, parfois, en contradiction avec ce qu’il avait écrit auparavant.


Si encore tout ceci avait été écrit en une langue enthousiasmante qui nous eût entraînés avec délectation dans le sillage d’Oscar Wilde, si passionnant en lui-même, mais hélas ! Alors faut-il se souvenir d’un tel ouvrage dans la bibliographie consacrée à Oscar ?



Michel Borel

Xavier Darcos, Oscar a toujours raison, Plon, 251 p.

L’auteur du livre Oscar a toujours raison procède, au moins dans les premiers chapitres de son ouvrage, comme dans un devoir de philo où l’élève doit uniquement s’appuyer sur des citations d’auteurs pour traiter du sujet qui lui est soumis. Et les citations, le livre en abonde ; heureusement que nous étions prévenus dans l’avant-propos qu’il n’en donnerait que quelques références, sinon nous eussions eu un volume entier pour les recueillir.


Le sujet qu’il nous propose d’y développer est qu’Oscar Wilde fut comme une sorte de prophète qui aurait presque tout dit avec 100 ans d’avance sur les grands maux de notre époque. Ce qui est l’occasion pour le moralisateur de vitupérer à qui mieux mieux sur le monde actuel. Le recours à Oscar Wilde y paraît presque comme un prétexte pour exprimer sa hargne. N’est-ce pas l’exploiter bien mal à propos ?


«Un prétexte pour exprimer sa hargne»